janvier, 2008Archiver

jan 22

L’Expresso du 21 Janvier 2008

Histoire-Géo : La droite attaque les manuels.

La campagne contre les manuels scolaires va-t-elle se porter des Ses à l’histoire-géographie ? Le Figaro, qui a lancé la campagne anti-SES, publie le 17 janvier un article sur les manuels d’histoire et de géographie. “Le ministère de l’Éducation nationale sera-t-il un jour contraint de se pencher sur les livres d’histoire et de géographie afin de vérifier qu’ils offrent un traitement équilibré de la période contemporaine ? ” écrivent Cyrille Louis, Aude Sérès et Marie-Estelle Pech.

Appliquant la technique bien rodée sur les manuels de SES, ils ciblent quelques éditeurs seulement et s’appuient sur des phrases isolées dans des pavés de quelques centaines de pages. Encore n’ont-ils pas forcément la main heureuse. Ainsi extraient-ils d’un manuel Magnard de 3ème la phrase ” Les États-Unis sont devenus la cible d’États et de mouvements qui refusent l’hégémonie américaine sur le monde”. Le mot hégémonie est extrait directement des instructions officielles pour la classe de 3ème (”La comparaison de cartes de l’Europe et du monde de la fin des années 1970 et d’aujourd’hui permet d’aborder « la géographie politique du monde ». Elle montre comment l’éclatement du monde communiste a conduit à un nouveau « pavage » du monde sous l’égide des États-Unis, dont l’hégémonie tend à se diffuser partout, mais qui rencontre des réticences et des oppositions” programme page 167). L’article reproche aux manuels de ne pas parler assez de la Chine et de l’Inde, comme si les auteurs de manuels rédigeaient les programmes officiels.

Ce n’est pas le moindre des paradoxes de voir la droite libérale appeler à la censure d’Etat et à la mise au pas par le ministre d’éditeurs indépendants…

L’article du Figaro : Les manuels d’histoire friands d’altermondialisme (17.01.2008)

Mon commentaire:
Il est à noter que dans tous les pays où la droite réactionnaire est (re)venue au pouvoir les manuels d’histoire et l’enseignement de l’histoire ont été rapidement pris à partie. Ainsi l’arrivée de Georges W. Bush a coïncidé avec une accélération de la remise en cause des programmes et manuels sous le prétexte que ces derniers auraient laissé trop de place aux minorités, aux questions du genre et aux épisodes peu glorieux de l’histoire américaine. La polémique aux USA avait démarré dans le courant des années quatre-vingt-dix et les nouveaux programmes d’histoire. En tête de la «croisade», Lynne Cheney, épouse du futur vice-président Dick Cheney. Une fois arrivé dans les wagons de la nouvelle administration Bush, les réactionnaires disposèrent alors d’une importante manne financière pour développer leurs actions. Leur volonté : retourner à une histoire scolaire construite au travers d’un récit des «Grands Hommes» de la nation américaine ou de la civilisation occidentale. Ils iront très loin puisqu’en 2001 Lynne Cheney fera détruire par le département de l’Éducation 300 000 manuels scolaires, car elle jugeait que ces ouvrages se concentraient trop sur ce qui s’était mal passé dans l’histoire des États-Unis (comme le Ku Klux Klan ou le McCarthysme) et pas assez sur les succès des États-Unis.
Il n’est donc pas étonnant qu’avec l’élection de Nicolas Sarkozy, très largement inspiré idéologiquement par l’Amérique de Georges W. Bush, la droite réactionnaire française tienne à corseter l’éducation de l’histoire. La figure de l’altermondialiste remplace ici la figure de la féministe ou du représentant des minorités (afro-américaine ou «indienne»).
Même stratégie également consistant à extraire de courts extraits décontextualisés pour pointer d’inévitables lacunes ou raccourcis, voire d’accuser les ouvrages de partialité. Il ne s’agirait alors que de rétablir une «vérité» qui n’a rien du débat historique, mais tout de l’entreprise politique.
Concernant les Etats-Unis, il était très révélateur que les tenants du retour au récit national étaient très majoritairement des docteurs en littérature et non des docteurs en histoire. Tel est d’ailleurs le cas de Mme Cheney.
En tout état de cause, l’Internationale réactionnaire fonctionne à merveille entre les Etats-Unis et la France.

Sources :
Un ouvrage retrace le procès intenté aux programmes d’histoire : History on Trial: Culture Wars and the Teaching of the Past (New York: Alfred K. Knopf, 1997).
Sur toute l’affaire, on pourra utiliment se référer et lire l’artice suivant : Richard Jensen “The Culture Wars, 1965-1995: a historian’s map“. Journal of Social History. Mid-Winter 1995. FindArticles.com. 21 Jan. 2008.

Sur la politique Cheney des années 2000:
Mary Jacoby, Madame Cheney’s cultural revolution, Salon, 26 août, 2004
Steven J. Ross, “21st Century Book-Burning. Mrs. Cheney, there’s more to U.S. history than heroes,” Information Clearing House, 13 octobre, 2004.
Michael Laris, “Mention of Gay Daughter a Cheap Trick, Lynne Cheney Says,” The Washington Post, October 14, 2004. Jonathan Rees, “The Reason Lynne Cheney Had 300,000 History Booklets Destroyed,” HNN.US, 18 octobre, 2004.
Gary B. Nash, “Lynne Cheney’s Attack on the History Standards, 10 Years Later,” HNN.US, 8 novembre, 2004.

jan 22
Ce dernier samedi (12 janvier 2008), le journal Le Courrier publiait en pages 2 et 3 un dossier sur les origines du travail et remontait au néolithique pour en dater l’émergence (L’Invention du travail appartient à la préhistoire). Très bien et même intéressant puisqu’il s’agit d’articles que vous ne trouverez que difficilement dans le reste de la presse quotidienne romande.
Néanmoins, bien que marqué à «gauche», Le Courrier n’a pas échappé aux clichés traditionnels :”(Certains parleraient d’anachronisme)”: et éculés, associant Afrique et préhistoire au détour de la photo retenue pour illustrer l’article:

«Cliché» préhistoire par le Courrier

La supériorité présumée de l’homme blanc n’est jamais loin et l’imaginaire scolaire de nos grands-parents non plus ainsi que l’illustrent ces deux photos issues du manuel primaire d’histoire suisse Grandjean & Jeanrenaud dont la première édition remonte aux années 1940 :”(Cependant les deux photos étaient toujours publiées telles quelles avec la même légende dans sa dernière édition datant de 1973!)”:

La préhistoire vue par le Grandjean & Jeanrenaud (1)

La préhistoire vue par le Grandjean & Jeanrenaud (2)

Allez encore quelques efforts Mesdames et Messieurs du Courrier en cette année de 140e anniversaire de votre création!

jan 13
Le Musée historique de Lausanne possède plus de 300′000 photographies de la capitale vaudoise, datant de 1850 à nos jours. Pour mieux faire connaître cette richesse, l’institution vient de sortir un catalogue de 144 pages regroupant une centaine de clichés.
Chaque chapitre de l’ouvrage développe un thème particulier:
• De l’enfance à l’âge adulte
• L’épopée sanitaire
• La bourgeoisie dans le miroir
• Le monde ouvrier de l’autre côté du miroir
• Femmes en images
• Le temps des loisirs
• Le sport en lumière
• L’armée, du caché au dévoilé
• L’art de se vendre
• Le progrès en marche

MUSÉE HISTORIQUE DE LAUSANNE/EUGÈNE WÜRGLER
1919 La place de la Riponne, bien avant qu’elle ne serve de parking dessus, puis dessous, accueillait le marché aux bestiaux. A l’époque, les chevaux étaient encore très utilisés, notamment pour les travaux de voirie.

Chaque chapitre est précédé d’une courte explication. Le tout pour un étonnant voyage dans le temps. 
Le catalogue photographique du Musée historique de Lausanne est vendu au prix de 29 francs. On peut le commander auprès du Musée historique : musee.historique@lausanne.ch.
Si ce premier ouvrage s’attache aux aspects sociaux et humains, il est destiné à être suivi d’un second volume dédié à l’espace urbain et à son équipement. On s’en réjouit déjà.

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jan 13
jan 13

La Fabrique des images contemporaines (2007)
Par Christian Delage, Vincent Guigueno et André Gunthert
Editions du Cercle d’art, 192 p., 101 ill. coul., 45 €, ISBN: 978-2-7022-0840-3
Animés par la volonté d’offrir à un très large public des outils de jugement critique sur l’iconographie contemporaine, les auteurs de l’ouvrage nous font entrer dans la fabrique des images: celles, mythifiées, de Robert Doisneau dans sa série des “Baisers”, comme celles, composées successivement par plusieurs générations de cinéastes, du débarquement en Normandie. Ils reviennent également sur le rôle décisif qu’ont joué les images dans des moments clés de l’histoire contemporaine, tel l’assassinat de Kennedy, les attentats du 11 septembre 2001 ou bien encore la fin du communisme en Roumanie. Dans ce dernier cas, est élucidée ici l’affaire dite des “faux charniers” de Timisoara qui fut considérée à tort comme un exemple-type de désinformation.

A rebours de l’opinion commune selon laquelle l’image “mentirait” davantage encore depuis l’arrivée du numérique, les auteurs montrent combien les nouveaux usages renforcent, au lieu de les affaiblir, la vigilance citoyenne et le lien organique qui unit l’image au réel. Il en va de même de l’évolution des techniques qui permettent de développer une nouvelle échelle du regard (Google Earth).

La Fabrique des images contemporaines révèle en outre comment, dans le monde entier, la mobilisation militante, politique, écologique ou syndicale met en place de véritables canaux d’information parallèle, capables de parasiter jusqu’aux plates-formes commerciales et institutionnelles de partage d’images ou de vidéos.

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