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sept 24
Le Matin Online > L’héritier d’Alix lance sa propre série historique – Loisirs > Culture (dimanche 22 septembre 2007)

Après dix-huit ans de travail auprès de son «maître» Jacques Martin, l’auteur d’origine suisse Rafael Morales lance «Hotep», sa propre série dont l’histoire se situe dans l’Egypte antique. Le premier volume, «Le scribe de Karnak», est cette semaine. Le Journal Le Matin Dimanche a rencontré l’auteur qui précise les intentions de son sujet :

«Je savais que je voulais traiter de l’Egypte, explique Rafael Morales. Je suis passionné par le sujet depuis toujours. J’ai essayé de trouver une période vierge, originale.» «Hotep», qui mêle fiction et cadre historique, se situe donc en 278 avant Jésus Christ, «rencontre entre l’Egypte millénaire et l’hellénisme conquérant». L’ouvrage se veut accessible à tous, et pas seulement aux connaisseurs de l’histoire égyptienne: «Il y a certains termes spécialisés expliqués par des notes. Mais l’histoire aurait pu se dérouler ailleurs… Ce n’est surtout pas une BD didactique!»

Le héros, Hotep, a une famille, des amis, et se retrouve confronté aux bouleversements de l’époque, au choc des cultures, à la corruption, etc. Morales s’imagine son personnage central «évoluer, vieillir au fil des albums».


Rafael Morales dispose d’un blog sur lequel il raconte son quotidien pendant la création d’«Hotep»: http://rafaelmorales.canalblog.com/. Vous pourrez y lire notamment un interview comparable à celui accordé au Matin Dimanche, en plus développé, réalisé par son éditeur Glénat.

«Hotep. Tome I, Le scribe de Karnak», par Rafael Morales, Glénat, en vente dès le 26 septembre.

La couverture illustre d’emblée la filiation de l’auteur avec Jacques Martin et Alix. Presque trop ?

sept 21
Dans L’Histoire de la Russie revisitée par Poutine, le «petit père des peuples» est un héros.
Vladimir Poutine avait réclamé au début de l’été des manuels d’histoire plus patriotiques. Sa volonté a été accomplie. L’Académie des sciences a donné son feu vert mercredi à un nouveau manuel scolaire intitulé L’Histoire de la Russie de 1945 à 2006, présentant Staline comme «l’un des plus grands leaders de l’époque soviétique», dont les purges de 1937 étaient un «mal nécessaire» pour contribuer à la grandeur du pays. Le manuel, destiné au secondaire, doit servir de base pour l’étude de l’histoire dès la rentrée prochaine.
Par ailleurs, dans cette nouvelle mouture, les années Eltsine sont dépeintes sous un jour plus sombre et Vladimir Poutine est le sujet principal d’un chapitre consacré à la démocratie russe.
Cette relecture de l’Histoire, réminiscence des vieilles pratiques soviétiques, a été réalisée en partie par des analystes proches du Kremlin.

Extraits d’un article publié par Adèle Smith (Moscou) dans le journal 24Heures du vendredi 21 septembre 2007.

mar 28
A feu et à sang. De la guerre civile européenn
En complément à un précédent billet Publications, un extrait de l’interview accordé par Enzo Traverso à la revue Politis du 22 mars 2007. Cet interview fait suite à la publication de son ouvrage À FEU ET À SANG. De la guerre civile européenne (1914-1945) Stock, “Un ordre d’idées”, 370 p.

Dans cet extrait, Enzo Traverso revient sur la question du fascisme et de l’anti-fascisme dans l’entre-deux-guerres :

Cette guerre civile se poursuit avec l’avènement des fascismes. Or, le regard sur l’antifascisme fait depuis l’objet de débats importants…

J’appartiens à cette catégorie d’historiens pour lesquels le fascisme et l’antifascisme ne sont pas seulement des catégories historiques mais aussi un héritage actuel et vivant pour la définition des démocraties dans lesquelles nous vivons. Je pense en effet qu’une Europe démocratique qui n’aurait pas tiré les leçons de l’anéantissement de la démocratie par le fascisme serait bien fragile. Récuser l’antifascisme, comme le font certains historiens d’orientation libérale ­ par exemple François Furet ­, fragilise donc nos démocraties, qui ont trouvé leurs raisons d’être dans le combat contre le fascisme. Mais cela implique aussi pour les historiens une réflexion et un travail d’historicisation critiques sur cette expérience historique, visant à reconnaître les contradictions et les limites de l’antifascisme. Une de ses limites a bien sûr été sa relation de complicité avec le stalinisme, qui fut le fait parfois d’une simple incompréhension de la véritable nature de ce dernier, parfois d’une complicité assumée, parfois encore d’une attitude de complaisance avec lui, considérée comme un prix à payer en dépit de tout ce qu’on pouvait connaître.

Une autre limite se trouve dans l’incompréhension de la nature exterminatrice de l’antisémitisme nazi, même si cette incompréhension a frappé la culture européenne dans son ensemble. Il faut ajouter que cela ne permet en rien de plaquer sur le conflit entre fascisme et antifascisme des lectures rétrospectives projetant des catégories de notre temps. Je ne crois pas non plus qu’on puisse analyser ce conflit à la lumière de la notion de totalitarisme, en y plaquant l’opposition totalitarisme/antitotalitarisme. En effet, si on contextualise les postures de l’époque, on voit bien que les (rares) « antitotalitaires » qui renvoyaient alors fascisme et stalinisme comme deux visages d’un même totalitarisme se condamnaient non seulement à l’isolement mais aussi à l’impuissance. C’est pourquoi je parle dans mon livre d’anachronisme vis-à-vis de ceux qui tentent de défendre aujourd’hui cette thèse. Les figures les plus lucides de la culture libérale de l’époque ont en effet fait un choix : Raymond Aron a décidé d’aller à Londres et de rejoindre le camp allié à l’Union soviétique contre l’Allemagne nazie…

fév 07

Dieu versus Darwin : les créationnistes vont-ils triompher de la science ? de Jacques Arnould, Albin Michel, 318 pages

"Dieu versus Darwin. Les créationnistes vont-ils triompher de la science ?", de Jacques Arnould. Albin Michel, 318 pages, 20€. | DR.

A lire devant les délires créationnistes (qui n’ont rien à voir avec la foi).

A lire par tout enseignant-e de CYP2 ou de CYT en histoire ou en science. Un jour où l’autre vous pourriez avoir affaire à des parents qui vous demandent d’enseigner le créationnisme (théorie l‘”Intelligent Design” traduit en français par dessein intelligent) autant que la théorie de l’évolution.
A lire aussi parce que Jacques Arnould est tout à la fois dominicain, théologien et historien des sciences.

À FEU ET À SANG. De la guerre civile européenne (1914-1945) d’Enzo Traverso, Stock, “Un ordre d’idées”, 370 p.

Extrait du compte-rendu fait par Le Monde des Livres.
Relecture d’une époque qui plongea l’Europe dans le chaos, A Feu et à sang fait partie de ces livres sur le XXe siècle dont on devrait encore débattre dans les années à venir, à l’instar du Passé d’une illusion, de François Furet (1995), ou de L’Age des extrêmes, d’Eric Hobsbawm (1999).

Enzo Traverso, né en Italie en 1957, entend montrer que, derrière l’imaginaire de l’horreur aujourd’hui associé au siècle écoulé – des tranchées à Auschwitz -, se dissimule un univers fait d’expériences sociales, de visions du monde, d’idées, de combats et d’émotions – ainsi du sentiment d’apocalypse qui s’empare de la culture européenne après 1918. Le livre explore donc cet univers à travers le concept de “guerre civile”, ici employé pour rendre compte des déchirures engendrées, à l’échelle du continent, par un enchevêtrement inédit de révolutions, de contre-révolutions et de génocides. Pour l’auteur, on ne comprend précisément rien à la “brutalisation” des sociétés européennes de l’entre-deux-guerres, abstraction faite de cette “symbiose entre culture, politique et violence” qui en façonne en profondeur les mentalités ; rien non plus à projeter les catégories de notre démocratie libérale sur un siècle qui aura produit Ernst Jünger et Antonio Gramsci, Carl Schmitt et Léon Trostki.

Par ailleurs, l’auteur en vient à récuser une autre lecture a posteriori qui tend à faire de l’antifascisme un “mythe”. A lire François Furet ou Annie Kriegel, l’antifascisme des années 1920 et 1930 se réduirait ainsi à une pure entreprise de propagande visant à élargir l’influence du régime soviétique et à cacher sa nature totalitaire. Si ce tableau contient une part de vérité, il n’en reste pas moins simpliste. D’abord parce que, “en se débarrassant de l’antifascisme, on risque d’effacer le seul visage décent que l’Italie a su donner d’elle-même de 1922 à 1945, l’Allemagne de 1933 à 1945, la France de 1940 à 1944″. Par les temps qui courent, il n’est pas superflu de le rappeler.

Fondation et Fondation foudroyée d’Isaac Asimov. Traduction collective. Denoël “Lunes d’encre”, 2 tomes, 960 p. et 1084 p., 29 € chacun.

Vers fondation Traduction collective. Omnibus, 896 p., 21 €.


Les livres d’anticipation d’Isaac Asimov ont bien plus bercé mon adolescence que la saga des Star Wars (Guerre des étoiles) de Georges Lucas ou du Seigneur des Anneaux de Tolkien.

En même temps, la série des Fondations est une magnifique Histoire du Futur, un monumental roman historique, qui commence dans un avenir très lointain.

Isaac Asimov invente d’ailleurs un intéressant concept, celui de a psychohistoire, qui prétend s’appuyer sur l’étude du passé pour prédire mathématiquement le sort de l’Univers à partir de la loi des grands nombres. Son personnage Hari Seldon, scientifique et père de cette discipline, fait ses calculs et arrive à la conclusion que l’Empire se meurt, et il n’est plus possible d’enrayer sa chute. S’écroulant sous son propre poids, il va immanquablement sombrer, ouvrant à l’humanité trente mille ans de ténèbres avant l’avènement d’un nouvel empire. Il fait alors établir aux confins de la galaxie une colonie de scientifiques, la Fondation, appelée à devenir le ferment de la renaissance. Au même moment, il fonde une deuxième Fondation, qui doit veiller, dans le plus grand secret, à l’exécution du Plan.

Le cours de l’histoire semble irréversible et le Plan infaillible… Jusqu’à l’irruption du Mulet, aberration génétique aux pouvoirs terrifiants, dont Seldon lui-même ne pouvait prévoir l’avènement. Un homme seul peut-il changer le cours de l’histoire ? Même mariée aux mathématiques, l’histoire du futur n’est pas une science exacte…

Délices :  le cycle est traversé d’analogies et de réjouissants clins d’oeil historiques : ainsi, l’ultime sursaut de l’Empire est le fait d’un général surnommé “le dernier des Impériaux” qui finit éliminé par un empereur méfiant, lointain écho à Aetius, le Dernier des Romains, vainqueur d’Attila, qui mourut assassiné sur ordre de Valentinien III, jaloux de son prestige. Plus loin, la description d’une Trantor retournée à l’âge agraire, où des moutons paissent paisiblement au pied des ruines, rappelle furieusement les descriptions romantiques de la Rome du haut Moyen Age.

Pour rédiger cette saga, Asimov a transposé dans un futur lointain la Chute de l’Empire romain. Et le bougre connaît ses classiques : il révère Hérodote et, surtout, a dévoré plusieurs fois Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire romain, l’oeuvre fondatrice d’Edouard Gibbon, à qui il multipliera les emprunts.
Les éditions Denoël ont l’heureuse idée de republier cette saga en deux volumes.  A lire autant pour se remettre des AD d’histoire que pour être transporté dans une histoire mélangeant futur et passé !

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nov 03

En septembre 2003, un colloque était organisé à Paris par le Centre d’Histoire sociale sur le thème des Usages politiques du passé dans la France contemporaine. Aujourd’hui, deux ouvrages rendent compte de la richesses des interventions :

Collectif, Usages politiques du passé dans la France contemporaine (2006).  Presses universitaires de Provence, coll. «Le Temps de l’histoire».

• Vol. 1, sous la dir. de Claire Andrieu, Marie-Claire Lavabre, Danielle Tartakowsky, «Politiques du passé», 264 p.

• Vol. 2, sous la dir. de Maryline Crivello, Patrick Garcia, Nicolas Offenstadt, «Concurrence des passés», 298 p.

Les thèmes abordés par les différentes contributions sont très larges et diversifiés. Des utilisations de l’Histoire par les présidents de la République, on passe à celles qui en sont faites par des mouvements régionalistes. Un détour est possible par des événements devenus des références nationales françaises. De même sont interrogés des faits douloureux de la mémoire collective française, comme la Guerre d’Algérie, l’esclavage ou la Première Guerre mondiale. Mais d’autres usages du passé sont examinés comme la Légion d’honneur ou l’Internet. Les usages de l’Histoire faits dans l’enseignement ne sont pas oubliés. Cette centration sur la France n’empêche donc pas un intérêt pour les enseignants ou historiens suisses.

D’autant que l’actualité ne cesse de montrer que l’Histoire constitue un enjeu politique important. Les remous principalement en Suisse allemande autour du Rapport Bergier et de son emploi en classe, la question du génocide des Arméniens ou la sortie en France du film Indigènes en sont quelques exemples récents. 

On lira donc avec intérêt le compte-rendu de ces deux ouvrages effectués pour les Clionautes par Frédéric Stévenot.

Je terminerai à l’aide de la conclusion faite par Frédéric Stévenot dans son compte-rendu :

“Les Usages politiques du passé dans la France contemporaine constituent un ouvrage destiné e priorité à un public averti, étudiants ou enseignants. On peut aussi le considérer comme un outil de réflexion pour le citoyen soucieux de décoder les manifestations historiques les plus banales, en apparence, en l’aidant à découvrir les enjeux servis derrière la façade festive. Ce citoyen averti peut aussi être à l’occasion un enseignant, sollicité fréquemment pour participer qui à des reconstitutions, à des cérémonies commémoratives, qui à la visite de lieux reconstitués, qui au visionnement de films à caractère historique… Chacun pourra donc trouver matière à prendre le recul critique nécessaire et indispensable avant de s’engager, seul ou, pis encore, avec sa classe.”

Bonne lecture du compte-rendu et des deux ouvrages.

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